Impressions oubliées

LUANDA, ANGOLA

 

Même avec toutes ces années passées en Afrique, il y de ces détails quotidiens que j’avais oubliés. Ou plutôt qui n’étaient plus qu’un vague souvenir aux couleurs effacées par le temps.

 

J’avais oublié : les nuées de moustiques qui t’accueillent à la porte de ton avion et qui peuvent te transmettre le paludisme vite-fait-bien-fait pendant que tu attends indéfiniment que l’on tamponne ton passeport, les douaniers qui te regardent des pieds à la tête afin de jauger si tu vaux la peine d’être harcelée pour un « cafezinho » ou plus si on décide d’ouvrir tes valises, et cet « oubli » de la langue de ta  part en regardant ailleurs ou prétendant ne pas comprendre, la sortie de l’édifice de l’aéroport et l’angoisse de n’avoir personne qui vienne te chercher et où mille yeux cherchent à voir ce que l’on pourra tirer de toi, cette humidité qui te surprend et qui font que tes vêtements collent à la peau, la première impression de la ville à la sortie de l’aéroport quand tu redécouvres les habitations de fortune faites de carton, de plastique ou de tôle ondulées, les nuages de fumée noire qui s’échappent des véhicules et l’odeur d’huile brûlée qui te prend au nez, l’assistant du chauffeur de taxi collectif qui crie la destination, les vendeurs ambulants avec leur récipients sur la tête de toutes les formes et couleurs bourrés de marchandise de contrefaçon ou de nourriture, l’arrivée devant la porte fermée de la maison où il faut klaxonner ou crier pour que le gardien apparaisse et daigne t’ouvrir, la lutte avec la clé et la porte d’entrée qui est toujours difficile à ouvrir, la découverte de la chambre, la cuisine,  la salle de bain et le maniement ésotérique de l’eau chaude-froide, cette urgence pour prendre une douche et mettre du linge propre, cette envie de dormir à laquelle tu dois résister afin de t’adapter au changement d’horaire, ce vague creux dans l’estomac que tu ne sais définir : faim, angoisse, excitation, confusion de l’horloge biologique qui ne sait plus si tu dois déjeuner ou souper? les bruits environnants, cette odeur de poussière, sèche, insistante et remplie de bactéries de toute sorte qui t’envahis les voies respiratoires et te font éternuer et tousser pendant plusieurs jours, la première sortie en ville avec le chauffeur pour découvrir sa beauté, ses laideurs et ses trous dans la chaussée, cette odeur de poubelle et de liquide stagnant aux relents lourd et sur de pourriture, les mendiants sur les coins de rue, ici amputés de guerre pour avoir probablement sauté sur une mine ou je ne sais quelle autre horreur et victimes de poliomyélite, la première nuit où tu es tellement crevée que tu ne peux fermer l’œil avant 3h, le gardien qui te réveille à 5h quand lui se réveille avec les bruits de sceau, d’eau et de radio, le bruit de la pompe à eau qui force, grince, gémit et semble vouloir expirer à chaque jet miraculeux qui arrivera jusqu’à la douche, sentir l’air du temps le matin car tu ne sais pas trop comment t’habiller, mettre une jupe et oublier que la marche du 4×4 est plus haute que tes genoux et où tu devras faire de l’acrobatie pour pas te retrouver les fesses à l’air, au grand bonheur du chauffeur qui de toute évidence n’attend que ça car tu n’es pas la première blanche à faire ça, le déambulage dans tous les bureaux pour mettre en marche la machine : obtenir un téléphone, de l’argent, les papiers administratifs et qui prend au moins 4 jours pour faire le tour, l’attente d’un chauffeur pour quelque déplacement que ce soit, et ce parfois pendant des heures, surtout le matin et le soir, ce qui te rend souvent inefficace et irritable quand tu as une liste longue comme ça de choses à faire et de rendez-vous…

 

Et la routine qui commence. Ici comme ailleurs. Bienvenue dans une capitale africaine! 

 

Fotos: Mi chofer Venancion, mi colega Brice esperando el chofer y SALUD A LOS ARGENTINOS!

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Un commentaire pour Impressions oubliées

  1. ROPOCIPIOPO dit :

    Besos desde Argentina, nuestra amada amiga!!!!
    No sabés como se te extraña!!!!
    Que tengas una buena estadía y esperamos verte prontito por nuestro amado San Telmo.
    Te queremos mucho.
     
    Rocío y Damián 

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